Que restera-t-il de lui?...

Publié le par la cachette d'Emma

Les larmes me viennent ce soir…Presque douces, résignées déjà et les pensées affluent…

Chaque pas accompli sur les tatamis m’aura été salutaire dans ma vie, chaque chute aussi, chaque problème, et tous les instants les plus lumineux sans doute…ce seront encore et toujours les tatamis qui me les auront offerts. Bien des proches furent étonnés de mon choix de pratiquer un art martial, et certains allèrent jusqu’à me dire qu’ils trouvaient que non seulement cela ne m’allait pas, mais que de surcroit, c’était de l’autodestruction… Aujourd’hui, je peux dire que si autodestruction il y a eu, elle ne se trouvait pas dans ma pratique du budo…mais bien dans son interruption brutale…Mais c’est une autre histoire….et peut être est ce de toutes les façons trop tard…Du moins pour moi…

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Je dois beaucoup à Toshiro Suga…et ce que je ne lui dois pas c’est à ce petit Monsieur précieux et modeste, mystérieux et presque céleste que cela revient. Non, je ne l’idéalise pas, pas plus que je ne le considère comme le Messie, juste que je crois qu’il représente le dernier garant d’un aikido pur et authentique et que lorsqu’il partira…L’Aikido ne sera plus jamais ce qu’il est. Cela est tout. Cela est simple. De nombreux pratiquants, brillants et prometteurs sillonnent les dojos, tous plus efficaces les uns que les autres, en quête de l’Essence, passionnés et passionnants, sincères je crois, mais si jeunes, si turbulents, si porteurs d’une époque en complète disharmonie avec les principes fondamentaux de l’Aikido que je doute qu’ils puissent parvenir à transmettre toute la grâce étoilée de l’idéal aikidokaesque, toute l’absolue adéquation avec le corps et l’énergie humaine, non par ce qu’ils n’en ont pas les moyens, mais parce qu’ils vivent leur époque de plein fouet, vivent suivant ses repères et ses exigences et que les valeurs et la façon de vivre actuelles sont en totale contradiction avec les valeurs aikidokates tout comme avec sa pratique.

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 Comment prétendre parler du Temps en Aikido, quand quelques heures avant de monter sur les tatamis on tentait d’effacer ses marques, on pleurnichait sur nos 20 ans perdus, et sur les moyens de continuer à paraitre jeune alors qu’on ne l’est plus ? Comment parler de la sonorité des djos, du rythme, du bruit des lames et des corps qui chutent, qui se déplacent et qui en disent autant sur les techniques que leur approche visuelle, quand quelques minutes auparavant on avait le dernier MP 561919919… sur les oreilles et que la sonorité du monde nous échappait ? Comment parler des distances quand à peine quelques secondes avant de rentrer au dojo on interrogeait notre joujou portable qui fait cafetière, réveil, sono et ciné pour demander à un ami sur le trottoir d’en face : « t’es où ? » Et où est  la vérité, la sincérité sans lesquelles toutes les techniques martiales du monde ne seront que de vulgaires singeries, quand on passe son temps à virtualiser nos vies et nos relations, à jouer à ce qu’on aurait pu être, à fabriquer des autres mondes derrière un écran ?

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Ce n’est pas la technologie qui va à l’encontre de l’Aikido, c’est ce que nous en faisons…Alors aussi brillants fussent ces jeunes aikidokas…Sensei parti…L’Aikido, celui auquel je crois et qui m’a toujours guidée même absente des tatamis s’éteindra peu à peu…Et une part de moi en éprouve un chagrin encore bien plus vaste que ce que j'imaginais….

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