les princes de Fontainebleau...

Publié le par la cachette d'Emma

Il faut bien l’admettre, les choses avaient plutôt relativement mal commencées. Je devais fêter mon anniversaire cet après midi de fin Mai , et le journal me prévient la veille de ce reportage…

De bien maussade humeur, je me suis rendue au lieu dit et convenu et bien que cela soit dans une atmosphère que j’affectionne d’ordinaire, la campagne, les chevaux, les chiens, des gens qui les aiment et qui vivent en harmonie avec eux, j’avoue que bon…Quand els premiers aboiements ont retenti et que je me suis retrouvée nez à truffe avec les premiers chiens de traineau et de berger, j’ai comme de bien entendu senti fondre mes très fâcheuses dispositions…Et comme de bien entendu, je me suis laissée emporter par la magie de  l’animal, par mon inclination quasi génétique à aimer me  retrouver au milieu de toutes ces créatures sur pattes au travers desquelles le monde ne passe que dans ce qu’il a de plus essentiel…de plus indompté, de plus libre, de plus parfaitement authentique…

Et puis le drame…l’incident qui a failli être diplomatique…

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Le journal naturellement s’était bien gardé de me dire qu’il y aurait une démonstration de vénerie…Manifestation que déjà l’an passé j’avais refusé de couvrir arguant que mon professionnalisme avait des limites et qu’excepté si mon reportage était à des fins de dénonciation de la barbarie, non, je n’écrirais rien là-dessus…tout comme la corrida d’ailleurs, les abattoirs etc. Terrorisée, j’ai dégainé mon appareil me répétant, comme un leitmotiv, comme une litanie, comme une comptine salvatrice pour me rassurer que j’écrirais l’horreur et la tristesse, la barbarie et la sauvagerie autorisée etc…

Observant…J’étais observée….

Le maitre d'équipage est arrivé derrière moi et m'a conviée à la détente des chiens...Idée farfelue d'autant plus que je n'y entendais rien naturellement....Je les ai vus tous les cinq, fouets en main, en tenue, presque...Impressionnée et toute à mon horreur de ce que je supposais être un carnage organisé, la fibre sans doute journalistique a vibré plus que je ne l'imaginais et je me suis dit que plus j'aurais d'infos, plus je serais en mesure d'avoir des éléments pour honnir encore plus ces pratiques d'un autre âge...

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Quand les portes de la camionnette se sont ouvertes, quand j'ai vu jaillir ces princes sur coussin d'air, la truffe d'ébène et le corps athlétique, j'ai cru défaillir d'émerveillement...

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Au milieu de la meute, je suis redevenue un peu animale, un peu meilleure, un peu moins conne...Sous mes mains ondulaient ces corps au pelage de velours et aux vibrations attentives et telluriques; j'ai humé avec eux le vent, aimé l'odeur de leur ivresse mêlée à la quiétude hiératique de la terre...Je marchais au milieux d'eux, oubliant mes pensées domestiques et mes idées inutiles...Leur regard placide et déterminé me restituait un peu de mon humanité et j'aurais donné beaucoup, oui, beaucoup, pour prolonger ne serait ce que quelques petites minutes cet instant de pure grâce et d'éternité...

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Alors...Merci Charles, à vous et à votre équipage... Vous avez pris un risque, la presse n'avait pas été tendre avec vous et...je n'étais pas des mieux disposée:-) Mais la beauté a eu raison de tout. Je ne changerais pas mes opinions, mais cette matinée passée à vos côtés aura eu le mérite de me confirmer qu'en effet, il existe dans la pratique de la chasse à courre, des instantsde pure ivresse à se retrouver emporter dans la puissance majestueuse de l'animal. Cette majestée sauvage, vous avez besoin de la traquer et de la voir mourir pour vous en imprégner; moi, j'ai besoin de la sentir vibrer sous mes doigts, j'ai besoin de la respirer, de l'écouter, de la sentir vivre et se pérpétuer pour enfin accepter de ne plus être un loup...

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Steph 11/06/2010 07:33


Mouais, c'est qd même un peu cruel même si la tradition peut paraître belle :-(
El le pauvre animal traqué...
Bon, les chiens sont beaux et n'y peuvent rien, ils ne sont que les joujous de certains...
Bel article journalistique et qui révèle bien ta sensibilité.
Bizzz