Fleurir en hiver...

Publié le par la cachette d'Emma

J'ai du mal à écrire...Je veux dire autre chose que mes articles "journalistiques" de papier.
Ecrire sur la grande toile au néon,  immatérielle et anonyme m'effraie en ce moment....et pour tout dire...m'ennuie.
Le courage de dire, le courage de m'exposer aux esprits des visiteurs-même s'ils ne sont guère nombreux et que pour ceux que je connais un peu, j'ai toute confiance-me manque...Depuis quelque temps, je trouve presque obscène cette façon de s'exhiber aux inconnus. "J'exhibe donc je suis "...Je sens que mon vilain esprit critique rejaillit. Je m'énerve au mieux, persiffle au pire, sur tous ces moyens ultra sophistiqués qui sont à notre disposition...alors que l'appauvrissement de notre pensée, de nos émotion, de notre quête du monde, guette et nous contamine...Nous avons les moyens de nous rencontrer n'importe où, n'importe quand, mais nous sommes de plus en plus indigents du bulbe...et penser devient presque une insulte...quand ce n'est pas perçu comme un handicap!
Hommage donc à la floraison des bulbes!!!!:-))))

Et en passant, parce qu'ils sont toujours là, constants et bienveillants, encourageants et toujours si rassurants....Merci Steph et Laurylyan., merci de votre patience et de vos mots:-) et un clin de virgule à toi "ptit sauvage breton":-p

                                                                    ATTENTE BULBEE

Elle est si petite, si vulnérable, si neuve dans son habit vert tendre ; si émouvante, toute repliée, toute timide, toute éberluée d’avoir jailli des profondeurs organiques de sa matrice de feuilles et d’écorces fines. L’écrin de ses fleurs est déjà gonflé de pétales encore froissés, déjà gorgé de senteurs encore secrètes.

Quel bouton cèdera en premier ? Lequel de ses bourgeons dodus et bosselés de promesses s’ouvrira en premier, se laissera  percer sous la poussée de l’étoffe odorante ?
Sera-t-elle blanche, rose, violette ?
Nous sommes face à face elle et moi, dans l’impatience de ma sève humaine, dans la sérénité de son âme végétale.
Hiératique, toute occupée à s’épanouir au rythme de son monde de Terre, d’Eau et de Lumière, elle se laisse observer, presque hautaine, inaccessible dans son Ailleurs herbacé.

La regarder ne me suffit pas. Sa Noblesse et son Mystère exigent bien plus. Je sens vibrer en moi le désir de devenir une part de son mystère ; je me sens devenir une part d’elle.
Docile, attentive à ce que je perçois être les exigences de son monde, je tente de déverrouiller tous mes sens asservis par le Monarque dictatorial du Mien en perdition : la Vue. Je m’approche plus près encore de ses effluves, respirant, effleurant du bout des lèvres ses bourgeons aux promesses encore silencieuses et fragiles. Je cherche son Histoire du bout des doigts, je tente de deviner ses profondeurs dans l’arrondi velouté de son secret bulbé.

Mais je sais aussi que la floraison de ma Jacinthe des heures de neige et de givre échappera une fois de plus à mon espace temps. Comme chaque fois, je la découvrirai un matin, ou peut être un soir, dans le crépuscule troublant  de nos deux mondes si disparates, et tous mes sens vacilleront, comblés de Beauté, comme chaque fois, dans l’Abîme vertigineux et abyssal de son existence florale et odorante.


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