Et si on y allait?

Publié le par la cachette d'Emma

Il y a 20 ans...Un appartement parisien austère, une journée froide de Novembre. On révisait, allongées sur la moquette du salon, on écoutait France Inter, et Bach aussi, un peu malgré tout...On avait même pas 60 ans à nous trois...Nos parents nous mettaient la pression à Elise et à moi, Thérèse était plus âgée, elle avait une paix royale...A force d'entendre les rumeurs de la chute, à force de sentir les vrombissments d'un tournant de l'Histoire auquel nous avions la stupeur d'assister, quelque chose s'est imiscé en nous, quelque chose qui nous envahissait toutes les trois sans qu'aucune encore ne l'exprime...
Il devait être 17h, quand le nez dans la tasse de thé, à nous baffrer de nutella, Thérèse a lancé: "et si on y allait"???
Quelques heures plus tard, nous filions sur Berlin...
Nous avons traversé l'ex RDA et ses forêts singulières et profondes, ses frontières qui se sentaient menacées et qui nous ont pour certaines gardées sans doute plus que la normale. Il fallait un visa pour certains pays, je n'avais quema carte d'identité, je parlais allemand, ce qui m'a sauvée un peu je crois:-( Nous avons somnolé dans un poste...de police de l'Est...mais les remues ménages vivait l'Est nous ont sauvé, c'eût été mal vu en effet que trois innocentes gamines occidentales finissent au gnouf à un tel moment...Certains villages nous ont émues, leur poésie, leur précarité presque romanesque  malheureusement liées à de grande difficulté d'existence nous auront marquée pour toujours...
Arrivées enfin au Checkpoint charlie de Berlin et alors que nous désirions rester à Berlin Est, les gardes nous ont fait sortir de la file de voitures et nous ont dit de partir à l'ouest...en leur donnant notre pellicule photo. Thérèse s'est mise à hurler...de nouveau au poste! Nous avons cédé...Nous sommes passées de l'autre côté...
Quelques heures plus tard...les premiers pans du mur tombaient...
Aussi affeux que cela puisse paraitre...ce mur...j'avais aimé le longer...
Et aujourd'hui, 20 ans après, et alors que nous ne sommes plus qu'à quelques heures des commémorations, je ne sais pas si l'émotion qui monte en moi est liée au Bonheur de ce jour d'ivresse où l'Europe est enfin redevenue libre et a pansé ses plaies; si je pleure sur toutes ces années où je ne suis jamais revenue à Berlin, ou encore si je regrette, sentiment inavouable entre tous...ce que le Mur nous a donné, à nous tous qui, sortis à peine de l'adolescence, l' avons aimé, pour cette page de pierres vierge qu'il offrait aux poètes, aux errants, à ceux qui ne savaient pas grand chose ni surtout quel sens donner au monde, et qui s'y sont adossés, qui l'ont caressé en marchant, en s'arrêtant, tentant de regarder au dessus, se disant que peut être l'Eldorado n'était pas là où nous le pensions...
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