Compte à rebours Aikidokaesque 3: le gardien du temple

Publié le par la cachette d'Emma

Je n’ai jamais pu expliquer vraiment ce que ma rencontre avec Toshiro Suga a déterminé, que cela soit dans ma pratique ou encore dans ma vie. Avec le temps qui a passé, les deux se confondent naturellement. Il ne fut pas un gourou, pas un maitre, il fut sans doute plus…et pire J
 Plus, car il m’est apparu très jeune que la réalité à elle seule, la réalité en trois dimensions, n’était pas la seule existante, que cela ne pouvait en être ainsi, qu’il y avait forcément autre chose, quelque chose de plus profond, de plus satisfaisant, de plus infini, quelque chose que je ne serais pas obligée de subir avec affliction et une consternation grandissante au fur et à mesure que je quittais l’enfance…Quand crin Blanc s’en va dans la mer….non, ce n’était pas la fin…Et la vraie vie de Pinnochio…Ne commençait elle pas quand justement l’histoire racontée et écoutée en boucle se terminait ? Et tous ces « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants… »Ce n’était donc que cela ? Toutes ces épreuves, tous ces doutes, tous ces vertiges rien que pour attendre sagement endormie dans un cercueil de verre que l’on vienne vous bisouter sur la bouche et hop…Des foules d’enfants en cadeau ???

 Tant d’ivresse pour juste… cela…. ??? Cette finitude ??? C’était donc cela exister ? L’apprentissage de la lecture, puis très vite la découverte de la liberté absolue que conférait à mon esprit toujours en quête d’autre chose, la littérature et tout cet univers enfin passionnant qu’elle m’a permise de bâtir m’a sauvée, je crois, de cet ennui saccageur dans lequel je risquais de tomber…Armée des mots, plume à l’esprit et fiction au cœur, je partais découvrir ce qu’il y avait derrière les histoires, extirper des ténèbres la vérité des mots, et débusquer l’imaginaire, partout où je le croiserais…

Dans cette quête solitaire que je me croyais seule apte à mener…j’ai croisé Toshiro Suga…

Lui aussi allait au-delà, toujours en quête de cet autre chose que les mots m’aidaient, moi, à découvrir, que la pratique aikidokate l’aidait, lui, à approcher et à traduire. Aller plus loin, comprendre, ne jamais renoncer à une question, inclure l’Aikido dans le verbe, le verbe dans l’Aikido.

Et l’imaginaire, toujours et encore ; des mots, des histoires, pour que les techniques soient chargées de sens et que chaque pratiquant se les approprient en fonction de sa propre histoire ; pour que les techniques soient habitées, pour faire enfin éprouver aux élèves que l’Aikido avait du sens et qu’il n’était pas né par hasard, du simple génie inaccessible, d’un Monsieur certes génial, mais « juste » génial…Toutes les techniques de l’aikido ont une raison d’être, ont été pensées et minutieusement étudiées..par un esprit hors du commun certes, mais humain, terriblement humain….

Pire….Toshiro fut pire aussi , car gardien du temple de mes rêves…il m’a obligée à y entrer…

 

 

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Icaree 27/09/2009 00:26


Être capable de sentir au-delà des choses fait l'essentiel de l'existence à mon sens, le reste n'est que du vent, de l'occupation, des obligations, du paraître. Sentir, ressentir, c'est vivre.